
Qui a dit, cette semaine : "Le futur président de la Commission européenne doit être désigné sans délai" ?
Réponse : le principal intéressé.
Car
José Manuel Barroso redoute un report de la décision à l'automne. Mais pourquoi s'inquiète-t-il ? Après tout, le "Faucon des Açores" a le droit pour lui. Il l'a très bien expliqué lui-même, mecredi, en conférence de presse à Bruxelles : "C'est au
Conseil et au Parlement européen de décider, bien sûr, sur la base du traité et le traité qui est en vigueur maintenant, c'est le traité de Nice". En effet, l'application stricte du traité de Nice, qui régit aujourd'hui le fonctionnement de l'Union européenne, autorise les dirigeants européens à désigner leur candidat formellement dès leur sommet des 18 et 19 juin, dans quelques jours seulement.
Imparable. Ou presque. Car le traité de Lisbonne, sur lequel un nouveau référendum est prévu en principe en octobre en Irlande, prévoit un aménagement des institutions européennes, et notamment du mode de désignation de la Commission européenne. Si le nouveau président de la Commission venait à être choisi avec ce traité, l'équation Barroso se corserait : Avec le traité de Nice, une majorité simple lui suffit : 264 députés sur 736. Dans ces conditions et après des élections européennes au résultat sans appel, le futur président de la Commission peut-il être issu d'un autre parti que le Parti populaire européen" (PPE, droite et dont est issu
Barroso) ?
Avec le traité de Lisbonne, il lui faudra par contre réunir une majorité absolue des députés, soit 369 voix. Les 53 députés verts, alliés aux 182 membres du Parti socialiste européen et du parti démocrate italien, à une partie du groupe libéral (où siège le Modem), la gauche radicale et l’ensemble des eurosceptiques et souverainistes pourraient faire pencher la balance contre Barroso. En cas de rejet par le Parlement, le Conseil européen serait alors obligé de présenter un autre candidat. Et les noms
circulent déjà, notamment celui du belge
Guy Verhofstadt.
Barroso en aurait presque des sueurs froides. Attendre irait même à l'encontre de la démocratie : ""Nous ne pouvons pas prendre une décision sur la base d'un traité qui n'a pas encore été approuvé, ce serait en fait anti-démocratique", a jugé le chef de l'exécutif européen".
Reste qu'à moins d'un nouveau cataclysme irlandais, la prochaine Commission travaillera avec le traité de Lisbonne. Ne vaudrait-il donc pas mieux que son futur président soit élu selon ses préceptes ?
Un soutien "sans ambiguités"
Alors, maintenant ou en Automne ? L'actuelle présidence tchèque de l'UE, et la suédoise qui lui succédera en juillet, souhaitent une désignation formelle dès la semaine prochaine, pour ne pas créer de vide en Europe en pleine crise économique.
En revanche, la France et l'Allemagne craignaient qu'un tel empressement soit un "mauvais signal" aux Irlandais en bouclant la nomination sans attendre leur référendum. Paris cherche aussi à maintenir Barroso sous pression le plus longtemps possible pour pouvoir négocier en position de force un portefeuille-clé pour la France au sein de la future Commission, comme celui du marché intérieur.
Angela Merkel, elle, verrait d'un bon oeil un report après les élections législatives allemandes de fin septembre, qui lui permettra, si elle reste au pouvoir, de tenir compte de l'éventuelle coalition sortante pour le choix du commissaire allemand. Cela n'a pas empêché le président français et la chancelière allemande d'
affirmer leur soutien à José Manuel Barroso, "sans ambiguité", mais en lui demandant de préciser son programme et sans vouloir s'engager par écrit. En football, on sait ce qu'il arrive aux entraîneurs à qui l'on affiche un soutien "sans ambiguité".